La Télévision communautaire de l’Érable s’est battue pour la liberté de presse avec le pouvoir politique local, durant tout l’automne 2023, afin que la population puisse avoir droit à toute l’information sur des enjeux sociaux majeurs, tels que l’implantation d’un parc éolien dans la région, un avis d’ébullition d’eau prolongé et la censure des journalistes lors d’un conseil municipal.
Dario Luzuriaga – Initiative de journalisme local
La Télévision communautaire de l’Érable a défendu bec et ongles le principe de la liberté de presse et a réussi à produire des reportages exclusifs sur les pratiques politiques douteuses de certains élus ou fonctionnaires de l’Érable.
Les attaques à la liberté de presse ont commencé explicitement le 22 mars 2023 quand le directeur général de la MRC de l’Érable, Raphaël Teyssier, a indiqué à la TVCÉ, qu’elle ne pouvait poser que deux questions pendant les séances du Conseil. La TVCÉ a porté plainte verbale contre le fonctionnaire, considérant qu’il n’y avait pas de public dans les séances de la MRC. En fait, le seul média présent qui posait des questions pendant le déroulement des séances (la TVCÉ) représentait l’intérêt de tous les citoyens absents qui regardaient les émissions à la télévision.
Un règlement limitant les questions par personne
Une demande d’accès à l’information pour cibler le règlement cité par monsieur Teyssier, limitant le nombre de questions de la TVCÉ a été effectuée. Il s’agissait du règlement 311 de la MRC de L'Érable adopté le 8 septembre 2010, lequel indiquait dans son article deux que « la période de questions est d'une durée maximale de trente (30) minutes à chaque séance ».
Cela voulait dire qu’un journaliste stagiaire, un producteur journalistique, des bénévoles de la TVCÉ pouvaient chacun poser deux questions, pour combler le 30 minutes, en absence du public ou d’autres journalistes. Donc, la TVCÉ comme média pouvait poser plus de deux questions si elle le désirait.
Le trouble des éoliennes
Le 12 septembre 2023, la TVCÉ a mis en ondes un premier reportage sur l’énergie éolienne, plus précisément sur un partenariat entre la MRC de l’Érable et la MRC des Appalaches pour investir dans la création d’un parc éolien commun dans les années à venir.
L’équipe journalistique de la TVCÉ a essayé d’avoir des entrevues avec des spécialistes en énergie de la MRC de l’Érable, à partir du mois de mai, mais cela n’a pas été possible, considérant que le projet d’association était en développement, selon les autorités.
Les deux MRC ont passé des résolutions pour que les municipalités délèguent leurs compétences en matière d’exploitation d’énergie éolienne à chaque MRC pendant l’été 2023. La polémique la plus forte s’est produite dans la municipalité de Saint-Ferdinand pendant la séance du Conseil municipal du 7 août 2023.
La plupart des citoyens présents ont manifesté leur opposition à la délégation de compétence éolienne de cette municipalité à la MRC de l’Érable, dans le but de négocier des ententes énergétiques en groupe. L’équipe journalistique de la TVCÉ a enregistré l’évènement, des témoignages critiques des citoyens et l’appui des élus.
Il importe de savoir que dans la MRC de l’Érable, l’installation des turbines éoliennes a une histoire polémique. Le désir des gouvernements et des autorités locales de promouvoir l’énergie renouvelable (ou « verte ») comme l’énergie éolienne, rencontre de la contestation avec la population agricole qui dit être dérangée par les turbines.
L’équipe journalistique de la TVCÉ a insisté pendant l’été 2023 pour avoir des entrevues avec la MRC de l’Érable sur ce sujet, mais sans succès.
Le directeur général de la MRC a demandé que lui soient envoyées les questions avant la tenue de l’entrevue. La TVCÉ a catégoriquement refusé, pour des raisons éthiques. Cependant, des pré-entrevues quelques jours d’avance permettent de cibler les sujets d’intérêt avec les invités. Devant l’absence de réponses, l’équipe journalistique a attendu au 8 septembre 2023, quand la MRC de l’Érable, en séance extraordinaire, a voté d’appuyer un projet éolien dans la MRC des Appalaches, le projet Saint-Pierre-de-Broughton. L’équipe en place a posé ses questions spontanées au préfet Gilles Fortier, pendant la période de questions publique de la rencontre.
Avec le point de vue des citoyens de Saint-Ferdinand, les élus de Saint-Ferdinand (7 août) et l’opinion officielle de la MRC de l’Érable (8 septembre), le reportage en question a été diffusé par la TVCÉ le 12 septembre 2023, qui correspondait aussi à la dernière journée pour la soumission des projets des entreprises éoliennes pour la création du parc de Saint-Pierre-de-Broughton. Un résumé de l’émission se trouve aussi dans ce même portail, sous le titre « La MRC de l’Érable donne son appui à un projet éolien, mais des citoyens se font entendre ».
Le mécontentement de la MRC de l’Érable sur la couverture éolienne
La MRC de l’Érable avait embauché une firme de communication, pour communiquer de manière contrôlée ses intérêts sur les aspects positifs du regroupement inter-MRC afin d’investir dans les énergies éoliennes.
L’équipe journalistique de la TVCÉ a diffusé son reportage sur le sujet en fonction de l’intérêt public, et ce, bien avant que la MRC de l’Érable pense avoir « du contenu suffisant à cette étape-ci » et soit prête à commenter le dossier.
En règle générale, les journalistes ont de la difficulté à obtenir les commentaires des élus lorsqu’un sujet est polémique. Pour cette raison, il est louable de donner la parole à l’opposition et les laisser parler, tout en offrant un droit de réplique à tous les partis concernés. Mais s’opposer au travail d’un journaliste, ou lui rendre difficile l’accès aux entrevues n’est pas toujours une stratégie gagnante au niveau de la communication publique, parce que quelqu’un d’autre prendra la parole à la place.
L’équipe journalistique de la TVCÉ a continué ses démarches pour pouvoir s’entretenir en ondes avec des spécialistes de la MRC de l’Érable et représentants de la MRC des Appalaches, sur le dossier d’investissement éolien. Elle a réussi à rencontrer la préfète de la MRC des Appalaches, Jacynthe Patry, l’agent de développement durable de la MRC de l’Érable, Ézéquiel Simoneau, et le membre du comité éolien de l’Érable, Gervais Pellerin.
Le 11 novembre 2023 l’émission « Érable Approfondi » a diffusé des entrevues approfondies avec ses élus et fonctionnaires, pour expliquer les avantages de l’investissement inter-MRC en énergie, et répondre aux questions et critiques de la population transmises par l’équipe journalistique de la TVCÉ.
La TVCÉ a joué son rôle démocratique pour le journalisme civique. L’article « Un partenariat en matière d’énergie éolienne entre les MRC de l’Érable et des Appalaches » explique le contenu de l’émission.
Princeville nie l’accès journalistique à une séance publique sur l’eau potable
La même semaine de la diffusion du reportage sur l’entente inter-MRC à propos de l’énergie éolienne, la TVCÉ s’est vu nier l’accès à une séance publique de la Ville de Princeville pour communiquer un avis d’ébullition de l’eau à la population. Il s’agissait d’une mesure préventive pour une possible contamination parasitaire. Le maire de Princeville et préfet de la MRC de l'Érable, Gilles Fortier, a expliqué à l'équipe journalistique de la TVCÉ que l’information de cette séance était seulement pour le « monde de Princeville », et pas pour diffuser « à la grandeur de la MRC de l’Érable ».
La Ville a rapidement ajusté le tir et le lendemain, le Directeur des communications de la Ville de Princeville, Sébastien Gingras, est venu en studio à la TVCÉ pour expliquer l’avis d’ébullition ainsi que sur les informations qui ont été transmises aux citoyens lors de la séance publique. Le message a été télédiffusé lors de l’émission « Érable en Bref » du 19 septembre 2023. Le reste des intervenants qui avaient participé à la séance publique du 14 septembre
(directeur général de la ville et médecin spécialiste) ont aussi expliqué le sujet quelques jours
plus tard pour l’émission « Érable Approfondi » du 7 octobre 2023, qui se retrouve dans l'article intitulé « Les
raisons pour l’avis d’ébullition d’eau à Princeville ».
Mais une chose est certaine, le blocage de l’accès à l’évènement du 14 septembre 2023 a retardé la diffusion des détails de l’avis d’ébullition. L’équipe journalistique de la TVCÉ a contacté la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) pour l’informer de la restriction à l’enregistrement de la séance informative de Princeville sur l’eau potable. La fédération a averti à la municipalité de Princeville, afin que les journalistes aient le droit de participer et de diffuser les évènements et séances de nature publique, sans restriction.
Interdiction de poser de questions
Pendant l’émission « Érable Approfondi » du 21 octobre 2023, la TVCÉ a télédiffusé la manière dans laquelle l’équipe journalistique s’est vu interdire de poser des questions pendant la séance du Conseil municipal de la Paroisse de Plessisville du mois d’octobre de 2023. L’article « La Télévision communautaire de l’Érable fait face à une opposition politique des élus » explique l’incident en détail. Le maire de la Paroisse de Plessisville, Jean-François Labbé, considérait que les journalistes n’avaient pas le droit de poser des questions pendant la séance publique. Cela constitue une attaque à la liberté de presse.
Même si avant la séance du conseil municipal du 2 octobre 2023 la directrice générale adjointe de la Paroisse de Plessisville, Johanne Dubois, avait indiqué que les séances du Conseil ne suivaient pas des règlements spécifiques dans la pratique, l’équipe journalistique de la TVCÉ a fait une demande d’accès à l’information pour examiner les règlements en vigueur.
Le règlement numéro 567-12 adopté le 5 novembre 2012, régit la période de questions des séances publiques. Le règlement ne parle pas des journalistes ni des médias, mais de personnes, appelées « intervenantes ». Un « intervenant » est « toute personne présente à une séance du conseil qui adresse une question à un membre du Conseil », selon le règlement. Chaque intervenant pouvait poser deux questions selon le document.
En conclusion, l’interdiction du maire Labbé à l’équipe journalistique de la TVCÉ de poser des questions pendant la séance du 2 octobre 2023, a été tout simplement une autre attaque à la liberté de presse de la part du pouvoir politique dans la région de l’Érable.
Droit de réplique non utilisé
L’émission « Érable Approfondi » du 21 octobre 2023 a aussi fait des observations sur le traitement de l’équipe journalistique pendant les séances du Conseil de la MRC de l’Érable. En conséquence, elle a invité séparément le préfet de la MRC de l’Érable, Gilles Fortier, et la maire de la Paroisse de Plessisville, Jean-François Labbé, pour utiliser leur droit de réplique pour expliquer leurs points de vue sur l’émission en question pendant une entrevue télévisuelle. Ils ont refusé l’invitation.
La censure
L’application d’un journalisme professionnel en milieu régional présente différents défis. Les élus régionaux ne sont pas toujours à l’aise pour permettre aux journalistes d’enregistrer des séances des conseils municipaux ou des évènements publics.
L’Initiative de journalisme local (IJL) de CACTUS amène une subvention pour la couverture de sujets civiques dans les stations de télévision communautaire partout au Canada.
Dans le cas de la TVCÉ, la direction de la station a essayé de censurer la diffusion de l’émission « Érable Approfondi » du 21 octobre 2023, qui critiquait les restrictions à la liberté de presse de la part du pouvoir politique local. La réponse de CACTUS a été que si la direction de la TVCÉ censurait l’émission, elle pourrait se faire annuler les subventions pour produire des émissions journalistiques. Finalement, la censure n’a pas été mise en place. L’émission a été télédiffusée par les opérateurs de câble Cogeco, Vidéotron et Sogetel le 21 et 22 octobre.
La situation de la TVCÉ se montre aussi difficile, parce qu’elle reçoit des subventions de la MRC de l’Érable pour la production de contenu culturel ou la diffusion de contenu non-journalistique. Une critique du pouvoir politique pourrait signifier aussi des obstacles pour autres subventions ou contrats. Cependant, les journalistes doivent faire leur travail selon les codes éthiques, qui les empêchent de se laisser influencer par d’autres circonstances que l’intérêt public, la défense de la liberté de presse et la véracité des informations.
Journalisme « complaisant » versus « indépendant »
Pendant la dernière semaine de novembre 2023 le maire de la municipalité de Saint-Ferdinand et conseiller de la MRC de l’Érable, Yves Charlebois, a reconnu par téléphone que le journalisme dans la région de l’Érable était un « journalisme complaisant ».
L’appréciation de monsieur Charlebois est particulièrement importante en tant qu’ancien journaliste de la région.
Effectivement, le fait que les communautés en région soient petites produit des liens de reconnaissance entre les personnes, les journalistes inclus. Monsieur Charlebois cite comme exemple de journalisme complaisant la diffusion intégrale d’un communiqué de presse d’une organisation. « Par exemple, la diffusion intégrale d’un communiqué qui vient d’un organisme. C’est moi qui dis ce que je veux bien dire, tout simplement ».
Le journalisme « complaisant » serait un type de couverture apparemment informative qui veut faire plaisir aux auteurs de l’information, mais qui ne va pas à la recherche d’autres points de vue. Le journalisme complaisant permet de garder de bonnes relations interpersonnelles, plutôt qu’enquêter sur la vérité.
Par contre, le Guide de déontologie des journalistes du Québec indique que « les journalistes basent leur travail sur des valeurs fondamentales telles que l’esprit critique qui leur impose de douter méthodiquement de tout ». Le doute, la critique des faits sont des valeurs de base du journalisme authentique.
Il y a deux questions à se poser pour décider de diffuser une information : Est-ce que l’information vrai ? Est-ce que l’information est d’intérêt public? Si ces deux réponses sont positives, le journaliste a l’obligation morale de diffuser l’information, indépendamment du fait que cela déplaise au pouvoir politique.
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